On imagine volontiers la pollution comme une affaire de pots d’échappement et de pics d’ozone. Pourtant, nous passons l’essentiel de notre temps dans des espaces clos, et l’air que l’on y respire n’est pas forcément plus sain que celui de la rue. Parmi les paramètres qui pèsent sur cet air intérieur, l’humidité occupe une place à part : trop élevée, elle nourrit moisissures et acariens ; trop faible, elle assèche les muqueuses. Entre les deux existe une zone de confort, et elle dépend beaucoup du logement lui-même.
Trop d’humidité : des effets documentés
Les liens entre humidité excessive et santé respiratoire sont bien établis. L’Organisation mondiale de la santé a consacré en 2009 des lignes directrices à l’humidité et aux moisissures dans les bâtiments, qui associent ces conditions à davantage de symptômes respiratoires, d’asthme et d’infections. Les personnes allergiques, les enfants et les personnes âgées y sont particulièrement sensibles.
Le mécanisme est simple. Lorsque l’humidité relative reste durablement élevée, les acariens prolifèrent et les moisissures s’installent sur les surfaces froides : angles de murs, encadrements de fenêtres, arrière des meubles plaqués contre une paroi extérieure. Leurs spores et fragments se retrouvent ensuite dans l’air. S’y ajoute souvent une odeur de renfermé, signe que l’air n’est pas assez renouvelé.
Les signaux qui doivent alerter
- de la condensation régulière sur les vitres au réveil ;
- des taches noires ou verdâtres qui reviennent après nettoyage ;
- une peinture qui cloque ou un papier peint qui se décolle ;
- une odeur persistante de moisi dans un placard ou une pièce peu chauffée ;
- un hygromètre qui affiche durablement plus de 60 %.
D’où vient toute cette eau ?
Une bonne partie de l’humidité est produite par les occupants eux-mêmes. Respirer, cuisiner, se doucher, faire sécher du linge à l’intérieur : chaque foyer libère chaque jour plusieurs litres de vapeur d’eau. Si cette vapeur n’est pas évacuée, elle se condense là où la paroi est la plus froide. D’autres causes relèvent du bâti : remontées capillaires dans les murs anciens, infiltrations par la toiture, ponts thermiques au niveau des planchers et des balcons.
C’est là que santé et performance énergétique se rejoignent. Un logement mal isolé présente des parois froides, propices à la condensation. Un logement isolé sans ventilation adaptée enferme au contraire l’humidité. Le diagnostic de performance énergétique décrit justement ces deux volets, l’isolation des parois et le système de ventilation. Pour savoir ce qui a réellement été relevé chez soi et ce qui a été estimé faute de mesure, le service d’analyse de DPE MonsieurDPE permet de consulter le dossier de calcul d’un logement à partir de son adresse. Une paroi notée non isolée par défaut, une ventilation « naturelle par ouvertures » : autant d’indices utiles pour comprendre pourquoi la buée s’installe.
Trop sec, un problème aussi
L’excès inverse existe, surtout en hiver dans les logements très chauffés. Quand l’humidité relative descend bas, beaucoup de personnes ressentent une gêne : gorge qui gratte, yeux irrités, peau qui tiraille, nez sec au réveil. Ces symptômes sont désagréables sans être graves, mais ils pèsent sur le confort et parfois sur le sommeil. Avant d’acheter un appareil, mieux vaut vérifier la température de chauffe, souvent trop élevée, et le bon fonctionnement de la ventilation.
Pour ceux qui envisagent tout de même un appareil, nous avons consacré un article aux humidificateurs et à la santé respiratoire. L’entretien y tient une place essentielle : un réservoir négligé peut devenir un nid à bactéries et diffuser dans la pièce ce que l’on cherchait à éviter.
Retrouver un air sain : les gestes qui comptent
La plupart des corrections sont simples et peu coûteuses. Aérer chaque jour une dizaine de minutes, fenêtres grandes ouvertes, y compris en hiver, renouvelle l’air sans refroidir durablement les murs. Laisser libres les entrées d’air des menuiseries et nettoyer les bouches de ventilation évite qu’une VMC ne tourne à vide. Couvrir les casseroles, utiliser la hotte, faire sécher le linge dehors ou dans une pièce ventilée réduit la vapeur produite à la source.
Un hygromètre, vendu de quelques euros à quelques dizaines d’euros, suffit à objectiver la situation : viser une humidité relative comprise entre 40 et 60 % est un repère largement admis. Si les moisissures reviennent malgré ces précautions, le problème relève probablement du bâti. Une infiltration, un pont thermique ou une ventilation absente se traitent alors par des travaux, avec l’aide d’un professionnel.
En cas de symptômes persistants, notamment chez un enfant ou une personne asthmatique, le médecin traitant reste le premier interlocuteur. Dans certains territoires, il peut prescrire la visite d’un conseiller médical en environnement intérieur, qui vient inspecter le logement et proposer des mesures adaptées.
